La tendre Violaine embrasse le bâtisseur de cathédrale Pierre de Craon alors que celui-ci vient de lui avouer qu'il portait la lèpre. Quelques temps plus tard, le père de Violaine, le sage et pieux Anne Vercors, arrange le mariage d'Icelle avec Jacques Hury, afin que ce dernier lui succède à la tête du domaine familial pendant qu'il sera en Terre Sainte. Ce projet provoque chez sa fille cadette Mara une rage jalouse ; Mara fulmine d'autant plus auprès de sa mère qu'elle aime Jacques, et qu'elle sait que Violaine s'est compromise...

Le texte révélé
Il arrive chez Claudel (ou Bernanos, ou Péguy), que l'insistante ferveur religieuse de l'auteur étouffe parfois par des chapelets prosélytes, la beauté simple des mots. Le grand mérite de Béatrix et de ses comédiens est d'avoir réussi par un jeu sobre, dépouillé de toute envolée mystique excessive et de génuflexions verbales (si l'on peut passer l'expression) à accéder à la chair du récit, à sa sensusalité. Le "miracle" de la pièce y est ici traité de manière humaine et intelligente : libre à chacun de le recevoir selon sa conscience. Ensuite, pour désenclaver l'histoire de sa ganque catholique stricte, et lui conférer une plus universelle valeur, des chants empruntés aux cultures rom, kabyle ou juive ont été insérés pour accompagner certains points d'inflexion dramatiques.
Natasha Bezriche les interprète avec grâce et feu, mesurant admirablement sa puissance vocale dans l'espace complexe de cette église, où l'écho peut certes parer de solennité les sons, mais aussi les réduire en bouillie si l'on n'y prend garde. Enfin la pleine clarté qui enveloppe la scène nous conduit à vivre dans la proximité et à partager les affects des personnages. Un bon moment.
Vincent Raymond (Tribune de Lyon, 22 juillet 2007)
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